"On peut allumer une bougie sur le nez d'un homme, mais on ne peut pas le forcer à ouvrir les yeux et voir la flamme"
25 Février 2013
-Tu as vu ? Le nouveau est venu en cours de maths !
-C’est fou. Ça doit être la première que Shinohara-sensei le voit !
Indifférent, Akira plongea droit sur sa chaise où il s’affala de tout son poids. Yuuki le rejoint silencieusement. Au départ, les jumeaux avaient été séparés, mais Akira avait réglé ce problème dès le premier jour en convaincant le voisin de Yuuki d’échanger sa place. Du coup, ils étaient à présent l’un côté de l’autre. Avec Ryuuji, Mimi, et Mayame, ils formaient la rangée du fond. Pendant tout le cours, Akira écouta d’une oreille distraite le professeur parler de théorèmes et de méthodes de calcul qu’il connaissait déjà depuis longtemps grâce à l’éducation que sa sœur lui avait donné. Ce fut donc avec joie qu’il entendit la sonnerie de la pause de dix heures.
-Tu devrais écouter si tu ne veux pas être à la ramasse, lui lança Mimi qui n’avait cessé de l’observer.
Akira se tourna vers elle et lui répondit froidement :
-Je ne sais pas vraiment ce que tu as contre moi, et je ça ne m’intéresse pas. Mais je te déconseille d’aller trop loin. Les gosses de riches avec un ego surdimensionné ont tendance à se révéler plus fragiles qu’on ne le croit. Sans le soutien, l’argent ou le pouvoir de vos parents, vous n’êtes rien. Alors ne vient pas me donner des leçons.
-Arrête, intima Yuuki en posant une main sur son épaule pour le calmer. Et excuse-toi.
Le jeune garçon obéit à contre cœur. Il savait qu’il avait légèrement dépassé les bornes.
-Rien qu’au son de ta voix, je peux dire que tu es fatiguée. Que s’est-il passé ?
-Une journée plutôt normale, si tu veux savoir. Akira a froissé la fille du proviseur, et quand je dis froisser, c’est un euphémisme ! Elle est devenue rouge. De honte ou de colère, on ne sait pas tout à fait.
-Il lui a dit en face qu’elle était pourrie gâtée, je parie !
-En plein dans le mille ! J’ai eu un mal fou à arranger les choses après.
-Si tu veux accuser quelqu’un, c’est Taiyou. Mais qu’est-ce qui lui est passé par la tête de vous avoir fait changer de lycée ?
-Quand on voit le niveau du club de basket, on comprend tout de suite pourquoi ! Jamais ils n’arriveront en tête du championnat.
-Mais ce n’est pas vos affaires ; c’est son job à lui.
-Masaya-nii !
-Je pense juste qu’il fait un caprice parce qu’il ne t’a pas vu depuis longtemps. Sérieusement, entre lui et moi, qui a le plus besoin de ton expertise ? MOI !
-Il y a un problème ? demanda Yuuki en reprenant son sérieux. Je croyais que cette histoire de contrefaçon avait été réglée ?
-Tout à fait. C’est d’ailleurs pour ça que je rentre enfin au Japon.
-Tu arrive quand ?
-J’atterris demain à Kyoto et jeudi après-midi à Tokyo. Passe le message aux deux zigotos, veux-tu ? J’ai bien l’intention de leur passer un savon une fois à la maison.
-La villa ou l’appartement ?
-J’ai organisé mon déménagement. Je vais habiter avec vous à partir de jeudi soir. Il faut juste que je passe par la villa principale prendre mes affaires. Le camion n’arrivera que le lendemain. Ça ira ?
-Comme tu le sens. Mais le président va se sentir bien seul dans une grande maison.
-On le retrouvera le week-end de toute façon. Et je suis sûr qu’il nous visitera plus souvent que tu ne l’imagine. Il ne peut pas se passer de ses enfants ! Bon, je vais te laisser. L’embarquement a commencé. Je rappellerai vers vingt et une heure. Ce ne sera pas trop tard pour vous ?
-Non, ne t’inquiète pas. Prends soin de toi, Masaya-nii.
Et Yuuki raccrocha. Le fait de revoir Masaya la rendait plutôt contente.
Malgré les douze années qui les séparaient, le frère et la sœur s’entendaient très bien, même si cela n’égalait pas le lien qui l’unissait à son jumeau. Globalement, les trois garçons de la fratrie se disputaient souvent l’affection de leur seule et unique sœur, sans compter sur leur père qui, lui aussi, se mêlait à la compétition. Tatsuki Eisen avait beau être le président de la plus grande société mondiale d’informatique et d’éléctronique, il était aussi père, et en tant que tel, il avait fait de son mieux pour être présent aux rencontres parents-professeurs, aux remises de prix, aux championnat, aux compétition, aux fêtes organisé par l’école… Bref, Tatsuki Eisen avait été un père exemplaire et aimant. Il avait réussi à éduquer à lui tout seul ses quatre enfants, avec succès d’ailleurs. Ce qui le ravissait le plus, c’était le lien qui les unissait tous. Bien qu’Akira et Taiyou se chamaillent sans cesse pour un rien, le quartet restait très soudé. Celui qui s’en prenait à l’un d’entre eux devait faire face à un véritable bloc.