"On peut allumer une bougie sur le nez d'un homme, mais on ne peut pas le forcer à ouvrir les yeux et voir la flamme"
18 Février 2013
Le jour de la rentrée était arrivé à toute allure, comme pour presser les élèves dont les devoirs d’été n’étaient toujours pas terminés. Les établissements scolaires reprenaient vie, et les élèves, le chemin de l’école. Ils reconnaissaient par là un ancien copain d’enfance, ou retrouvaient les amis de l’année précédente. A l’entrée de Seishun, la grande allée bordée de cerisier en fleur grouillait de monde. L’école avait été créée par un riche particulier qui l’avait ensuite étendue jusqu’à en faire un campus éducatif élitiste où l’on pouvait trouver toutes les classes depuis la maternelle jusqu’à l’université. Les trois quarts des élèves faisaient bien sûr partie de la haute société, mais il existait également un système d’aide financière et d’internat gratuit pour les plus démunis. En fait, leurs frais étaient payés par les plus riches via des donations à l’établissement. Outre les aides financières et matérielles ainsi qu’un enseignement qui faisait partie des plus réputés de Tokyo au même niveau que ceux de l’université Toudai, Seishun avait d’autre avantages, notamment son système « escalateur » qui permettait, une fois entré dans l’établissement par un examen des plus difficiles, d’y rester pendant toute sa scolarité ; les contrôles continus n’étaient ensuite qu’une sorte de formalité, sauf exception. Le seul examen qui pouvait chambouler cet ordre, c’était l’examen d’entrée à l’université. En effet, le Comité de Gestion, plus communément désigné sous le nom de Conseil par les gens du campus, jugeaient que si les élèves étaient entrés dans l’école, c’était qu’ils étaient intelligent et doués, et il leur semblait donc inutile de les tester de nouveau par la suite. Du reste, Seishun restait un établissement aux valeurs traditionnelles tout en gardant l’esprit plus ou moins ouvert à l’innovation en matière de règlement intérieur.
Cette année-là représenta une légère entorse aux habitudes de l’école : la cérémonie de bienvenue eut lieu en présence du Principal, du Directeur, du Proviseur, et du Conseil au complet, ce qui était une première dans l’historique du lycée. Ce rassemblement de personnalité à la tête de l’administration et l’estrade surchargée de décoration annonçaient une visite d’une importance équivalente à un passage ministériel. En effet, à la surprise et un peu à la colère de l’assemblée générale, en plein milieu du discours d’introduction du Directeur, les portes s’ouvrirent violement, laissant place à une mince silhouette d’homme en contre-jour.
-Ah ! Désolé de vous interrompre ! On m’avait dit que mon discours était prévu vers la fin, mais comme je n’avais pas vraiment envie d’attendre et que je suis pressé, je me suis dit que je pouvais le faire au début, puis partir vaquer à mes occupations!
Le Directeur n’avait qu’à moitié écouté l’énergumène qui venait d’intervenir sans la moindre once de politesse, et toujours irrité par l’interruption, il sentit le wasabi lui monter au nez, tandis que le Comité et le Principal se levèrent de leur chaise, saluant bien bas le nouveau venu en marque de respect.
-Je vous présente Saiionji Taiyou qui a gentiment accepté d’entrainer notre magnifique équipe de basket, annonça le Proviseur en arrachant le micro des mains du Directeur avant qu’il ne puisse appeler la sécurité.
A ces mots, il y eu dans la salle un grand mouvement d’agitation. Tous les membres du club de basket avaient sans peine reconnu le Saiionji Taiyou, star nationale et idole de tous les jeunes joueurs de basket. Après une progression fulgurante au collège, le jeune garçon avait réussi à atteindre le niveau de professionnel si rapidement qu’on le considérait comme un génie, et une fois le lycée terminé, il était parti aux Etats-Unis où il s’était classé parmi les meilleurs. Tout le monde fut donc très surpris de le voir passer son diplôme d’enseignant et d’entraineur, rentrer au Japon, et assister à la cérémonie de rentrée de Seishun. Kurosawa se demandait comment la directrice des ressources humaines avait réussi à le convaincre de venir. L’établissement avait beau être riche, estimé, et influent, cet homme avait dû être courtisé par toutes les équipes possibles, en tant qu’entraineur tout en tant que joueur. Pourquoi, alors, choisir de s’occuper d’une bande de lycéens au lieu de joueurs professionnels déjà reconnus? Cette question tournait en rond dans son esprit alors que sur l’estrade, Saiionji était déjà en train de finir son discours.
-…ce fut donc une très belle occasion pour moi de rentrer à Tokyo où vivent ma petite sœur et le reste de ma famille. Je vous suis reconnaissant de m’avoir accepté dans cet établissement prestigieux, et ferait de mon mieux pour guider mes élèves ainsi que les membres du club de basket tout au long de leur scolarité. Merci!